Symbole, quand tu nous tiens!

Symbole, quand tu nous tiens!

Emmanuel Cannou

Christoph Martin Wieland, auteur allemand du XVIIIème siècle, nous est resté connu, pour avoir entre autres inspiré Emanuel Schikaneder, Directeur du Théâtre de Vienne dans les années 1790. Le conte qu’il écrivit, lui-même issu de la tradition soufie, et qui fut repris par Schikaneder pour rédiger le livret de l’opéra de Mozart - la Flûte enchantée -continue ainsi à nous être transmis.

 

D’un angle de vue jungien, cette transmission se relie sans doute aux résonnances psychologiques en lien avec les épreuves que traverse Tamino. A la manière dont Marie-Louise Von Franz proposa de le faire pour d’autres contes, si l’on se donne pour travail d’interpréter la Flute enchantée, on peut en dégager les images d’un processus d’individuation.

 

Dans sa quête de vérité sur la vie inconsciente, Jung s’appuya sur une méthode – celle de l’amplification et des analogies - pour s’approcher au plus près du sens des productions spontanées de celle-ci. En même temps, non seulement l’intellect ne peut en donner entièrement le sens, mais, de surcroît, c’est le processus et les images de ce dernier qui s’imposent à nous. Ici, l’accumulation d’un bagage culturel de signifiés ne sert pas, comme on pourrait le penser, à accéder à plus de vérité sur soi, mais à considérer la dialectique jamais achevée entre le conscient et l’inconscient pour devenir plus lucide sur le sens qui advient. 

 

En conséquence de cela, l’expérience de la psychanalyse jungienne ouvre à une attitude chez celles et ceux qui l’ont intériorisée : l’humilité devant la vie psychique qui se donne à vivre, à partir du moment où l’on devient en mesure de s’y confronter sans sombrer dans le grand bain de l’inconscient. Cette attitude permet aussi d’éliminer deux écueils propres aux préjugés et au terrorisme intellectuel :

 

Le discours dogmatique, en vertu duquel celui qui l’énonce pense comme une vérité ce qu’il dit, tandis qu’il est dit de l’autre qu’il est dans l’erreur.

Le discours ségrégationniste ensuite, où celui qui l’emploie se vit supérieur à autrui, croyant que le travail qu’il a effectué lui permet de le penser.

 

Ces discours conduisent évidemment à l’exclusion de l’autre dans sa différence.

 

Dans ce devenir plus conscient, qui est le projet de la psychologie analytique, nous avons au cœur de notre métier de chercher les significations qui se trouvent sous les symboles. Cette aptitude acquise, d’abord par une analyse personnelle, ensuite dans notre travail de psychothérapeute, nous mène à tenir les opposés et à rassembler ce qui est épars en nous. Cette manière de prendre en considération les images, avec ce qu’elles ont à nous montrer des processus psychiques qui nous agissent, et à ce que nous avons à en dire pour les comprendre, fait partie de l’héritage jungien que nous partageons. 

 

 La Flute enchantée, en vertu du génie de Mozart, continue de réunir les amateurs de musique à travers les époques. Nous, jungiens, nous sommes des amateurs, en ce sens que notre génie réside en ce que nous sommes des passionnés et des chercheurs de l’inconscient. Voilà sans doute ce qui peut nous mettre en quête, à travers nos différences, d’un point de concorde générale.