Un conte chinois

Un conte chinois

 

Réinterprété par Henri de Vathaire

Il était une fois en Chine à l'époque des royaumes combattants, un prince qui aspirait à régner (araignée) en maître sur toutes les provinces. Il utilisait, pour asseoir son règne, la violence du tigre et l'étouffement de l'araignée. 

Il savait trancher les têtes et distiller le poison, séduire et manipuler, calomnier.

 

Sous sa férule, ses sujets souffraient de rivalité, de concurrence, de mépris de caste et de classe. Leur seule activité était réduite à survivre, par la recherche du profit et des places au soleil. 

 

A ce jeu dangereux, beaucoup perdaient la vie et ceux qui restaient s'étiolaient de pauvreté et de désespoir.

 

Un soir que ce prince dénué de toute altérité chevauchait à la sortie d'une rizière, qu'il venait de saccager avec ses hommes de main et qu'il grimpait une colline, il aperçut un petit sanctuaire qui dépassait des buissons d'une terre à l'abandon. Il s'approcha avec ses sbires et ses lettrés. Il demanda qu'on lui traduise ce qui était gravé dans la pierre.

 

Il lui fut déclaré : 

« Ici sous cette dalle reposent, dans la paix du tao, 101 âmes qui attendent de revenir sur terre pour témoigner de la lumière de la conscience. » 

 

Le prince remarqua que le lecteur hésitait à finir sa lecture, il le bouscula, le menaça, le contraignant à conclure. C'est une prophétie grand Prince, s’exclama le serviteur apeuré : 

« Viendra un soir un prince des ténèbres ; il ouvrira, dans son orgueil, la tombe, pour qu'enfin le tao revienne et que la lumière et les ténèbres se fécondent et donnent naissance à la conscience ».

 

Le prince éclata de rire et de rage et d'un violent effort ouvrit la tombe. Tous les habitants entendirent le sifflement des âmes qui s'échappèrent et se dispersèrent dans tout le pays.

Elles s'incarnèrent et les hommes et les femmes qu'elles animèrent commencèrent à transformer le monde.

 

Et le conte se termine par un récit invraisemblable pour nous autres occidentaux. 

A l'aube d'un nouveau jour, à l'issue d'un combat entre le prince vieillissant et la plus vaillante des âmes, incarnée dans le corps d'une guerrière, la jeunesse l'emporta sur l'âge.

 

Le prince à terre, une épée sur la gorge, pressa haineusement sa vainqueur de l'achever. Celle-ci refusa et lui dit avec un sourire moqueur : 

Si je te tue, comment l'ombre et la lumière pourraient-elles se féconder ? »